Anecdote Trottop : Le parieur : éternel bouc émissaire

Anecdote Trottop : Le parieur : éternel bouc émissaire

Article mis en ligne le 11/06/2015.

Je tenais à vous relater une mésaventure survenue il y a au moins une dizaine d’année sur un hippodrome normand ayant une excellente réputation puisque celui-ci organise régulièrement des réunions « premium ».


L’hippodrome en l’occurrence est celui de Graignes et fait office de référence dans le département de la Manche avec celui de Cherbourg.

Je tiens tout d’abord à préciser que j’apprécie particulièrement cet hippodrome qui, de par ses caractéristiques, permet à toutes catégories de chevaux de pouvoir s’exprimer et reste pour moi, qui suis constamment à la recherche de « grosses cotes », un hippodrome particulièrement attrayant pour donner du « pronostic hippique ».

A cette époque assez lointaine, je profitais d’une semaine de vacances bien méritée et cherchais un peu d’occupation ; c’est ainsi qu’en feuilletant le « Paris-turf » du jour, je repérais une réunion en semi-nocturne sur l’hippodrome de Graignes avec au départ, beaucoup de partants dans chacune des courses, gage d’arrivée potentiellement spéculative.

Ne connaissant pas cet hippodrome et désireux de passer une soirée sympathique, je me décidais à faire les 270 km séparant mon domicile de l’hippodrome de Graignes. Après plus de 3 heures de route un peu laborieuses (le GPS n’existait pas à cette époque) je rejoignais enfin ma destination et pouvais passer aux choses sérieuses : commencer à étudier chaque course qui se présentait à moi.

La réunion se déroulait normalement avec des résultats corrects jusqu’à la 6 ou 7ème course où mes désagréments commencèrent. Comme pour chaque course, j’avais choisi de faire un couplé G/P de cinq chevaux pour une mise totale de 30€ ; j’avais comme toujours repéré des « tocards » et notamment dans cette course, un n°14 à 30/1 et un n°16 à 20/1. Rapidement les chevaux se rassemblèrent et la course démarra ; j’étais avec mes jumelles à essayer de repérer mes cinq chevaux dans le peloton et constata quelque chose de surprenant, mon n°14 était dans le groupe de tête et là grosse surprise, dans son dos figurait un autre n°14.

Je pris mon programme et grâce aux couleurs de la casaque et de la toque je compris que c’était mon n°16 qui portait une plaque erronée (en l’occurrence le n°14). Pour moi, cela ne portait pas à conséquence et je continuais à suivre la course avec le même intérêt.

Finalement le n°14 (le bon) finit par l’emporter et l’autre n°14 (le mauvais) arrachait la 3ème place. Je venais de perdre un beau couplé gagnant mais me consolait en pensant toucher un beau couplé placé. Je me dirigeais vers les guichets en attendant sereinement les rapports quand la sirène retentit pour annoncer une enquête. En direct, je n’avais rien vu de répréhensible concernant les allures de mes deux chevaux et faute d’annonce précise concernant cette enquête, restais plutôt confiant quant au résultat définitif de la course.

Quel ne fut pas ma déception quand l’arrivée définitive fût officialisée et que le N°14 (le mauvais) avait disparu ! Ma première pensée fut de croire qu’il avait progressé au « traquenard » ou à « l’amble » une bonne partie de la ligne droite mais pas du tout, l’annonce fut faite que c’était bien l’erreur de plaque qui avait entrainé sa disqualification.

Scandalisé par cette décision, je fonçais immédiatement au bureau des commissaires demander des explications. La réponse qui me fut donnée étant que ce genre de cas figurait dans le Code des courses et qu’il avait été tout simplement appliqué. Je demandais donc à voir cet article et là gros embarras, pas de Code des courses sur l’hippodrome. Devant mon énervement les commissaires me précisèrent que cet article figurait dans le Code des courses depuis qu’un cas semblable s’était produit sur l’hippodrome de Laval quelques années auparavant.

Je me permis de faire un résumé de la situation en expliquant qu’un entraîneur avait fait une erreur de plaque (avec une amende à la clé pour lui), une absence de contrôle du personnel laissant entrer les chevaux en piste, aucun contrôle du juge au départ et de ces assesseurs, ainsi que des commissaires qui ne constatèrent rien durant la course ; conclusion de cette affaire, une accumulation d’incompétence dont la seule victime était le « parieur » qui avait payé son entrée et dont la seule erreur avait été d’engager un pari sur un cheval !

Pour finir, je leur posais la question de savoir si ce genre d’incident se produisait un jour de Prix d’Amérique, avec ce jour-là des parieurs étrangers qui misent des milliers d’euros sur un cheval ; absence de réponse et embarras des commissaires qui eurent comme seule réponse le fait que ce genre d’événement ne pourrait survenir lors d’une telle réunion (certainement la certitude des gens qui ne se trompent jamais ...).

En attendant, je retrouvais dans mes archives ce genre de désagrément lamentable lors d’une réunion organisée à Maure de Bretagne il n’y a pas si longtemps … ; la seule différence étant que cette réunion était « premium » et que l’incident se produisit dans le « pick5 » du jour, ce qui m’amena à penser que nos institutions n’avait toujours pas compris la portée de telles aberrations dans le Code des courses.

Il n’est jamais trop tard pour réagir et en cette période de baisse des enjeux, tout faire pour que le « parieur » ne puisse jamais être la victime du système.